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Ce que les États ne disent pas.

Le Contre-Rapport
Le Contre-Rapport · Mozambique

Le Mozambique rembourse près de la moitié de ses exportations : radiographie d'une dette qui étouffe un pays

Les données de la Banque mondiale le montrent sans détour : le Mozambique, l'un des pays les plus pauvres du monde, consacre près de la moitié de ses recettes d'exportation au remboursement de sa dette extérieure, qui atteint 350 % de sa richesse nationale. Chaque habitant porte près de 2 000 dollars de dette, trois fois son revenu annuel moyen.

Photo d'illustration : Maputo. © Tonton Bernardo / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 (licence)

Les chiffres sont publics, mais rarement regardés en face. Selon les données de la Banque mondiale, le Mozambique — l'un des pays les plus pauvres de la planète — consacre près d'un dollar d'exportation sur deux à rembourser sa dette extérieure. Une dette qui atteint trois fois et demie la richesse que le pays produit en un an.

Une dette de 69,8 milliards de dollars

Fin 2024, la dette extérieure du Mozambique s'élève à 69,8 milliards de dollars, selon les Statistiques de la dette internationale de la Banque mondiale (données publiques, indicateur DT.DOD.DECT.CD). C'est 49 % de plus qu'en 2017, où elle atteignait 46,8 milliards.

Rapportée à la richesse nationale, cette dette est l'une des plus lourdes au monde : 350 % du revenu national brut (indicateur DT.DOD.DECT.GN.ZS). Autrement dit, le pays doit à l'étranger trois fois et demie tout ce qu'il produit en une année. Le ratio a même culminé à 432 % en 2020.

Pour les 34,6 millions d'habitants, cela représente environ 2 000 dollars de dette par personne — près de trois fois le revenu moyen annuel, qui ne dépasse pas 660 dollars.

Près de la moitié des exportations part aux créanciers

Le plus révélateur n'est pas le montant, mais ce qu'il coûte chaque année. En 2024, le Mozambique a consacré 46,5 % de ses recettes d'exportation au seul service de sa dette (indicateur DT.TDS.DECT.EX.ZS). Près d'un dollar gagné à l'export sur deux ne reste donc pas dans le pays : il repart rembourser des créanciers étrangers.

Et ce ratio a connu des sommets vertigineux. En 2021, il a atteint 103,7 % : cette année-là, le service de la dette a dépassé la totalité de ce que le pays tirait de ses exportations. Un pays qui paie, pour sa dette, plus que tout ce qu'il vend au monde.

Ce que cela retire au quotidien

En valeur absolue, le Mozambique a versé 4,5 milliards de dollars à ses créanciers en 2024 (indicateur DT.TDS.DECT.CD). À titre de comparaison, son produit intérieur brut cette année-là s'établissait à 22,7 milliards de dollars : près d'un cinquième de l'économie du pays part ainsi en remboursements, autant qui ne va pas aux hôpitaux, aux écoles ou aux routes d'un pays où une large part de la population vit avec moins de deux dollars par jour.

Les questions que nous posons

  • À qui le Mozambique doit-il cette dette, et dans quelles conditions — taux d'intérêt, garanties prises sur les futures recettes gazières ?
  • Quelle part exacte du budget de l'État est absorbée par le remboursement, au détriment des services publics ?
  • Où en est le dossier des « dettes cachées » — ces emprunts contractés en secret par des responsables mozambicains au milieu des années 2010, révélés ensuite au grand jour ?

Afrique en Clair a sollicité le ministère mozambicain de l'Économie et des Finances. Sa réponse sera ajoutée à cet article dès réception.

Ce que disent les chiffres

  • Dette extérieure : 69,8 milliards de dollars en 2024, soit 350 % du revenu national brut ;
  • service de la dette : 46,5 % des recettes d'exportation en 2024, et jusqu'à 103,7 % en 2021 ;
  • 4,5 milliards de dollars versés aux créanciers en 2024, près d'un cinquième du PIB ;
  • source : Banque mondiale, Statistiques de la dette internationale (données ouvertes, vérifiables par tous).

Document source

Banque mondiale – Statistiques de la dette internationale

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